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Autour du changement climatique, de l'énergie, et de ce qui va avec...
N'en déplaise à ceux qui aimeraient encore bien débattre de l'éventuelle réalité du Changement Climatique, du rôle des rayons comisques ou de la
variabilité solaire, ou de savoir s'il ne faisait pas plus chaud au Moyen-Age quand les Anglais faisaient du vin, l'air du temps dans le domaine climatique serait plutôt ces
temps-ci de savoir si nous ne sous-estimons pas largement le changement climatique à venir.
Dans Science en mai dernier, un groupe de climatologues, parmi lesquels les figures de proue Stefan Rahmstorf et
Jim Hansen, indiquaient que les évolutions récentes des températures et du niveau des mers suivaient, respectivement, les hautes et tres
hautes limites des projections du GIEC 2001 (voir graph ci-dessous: courbes pleines= observations, pointilléees= scérario GIEC, bande grise= incertitude, grises pointillées= incertitude
max.) - même si les périodes étudiées (une 15aine d'année) sont naturellement encore trop brèves pour être vraiment significatives, au regard notamment de la variabilité naturelle du
climat.
Cependant, des voix s'élèvent au sein de la communauté scientifique concernée pour dénoncer le caractère exagérement optimiste (!), ou du moins trompeur, de cette vision.
La plupart, comme par exemple Eric Rignot de la NASA ou Robert Corell (chairman du Arctic climate Impact Assessment), objecte , qualitativement, que compte tenu des observations déjà en cours et des lacunes fondamentales des modèles, les
prévisions actuelles seront nécessairement dépassées; mais peu se risquent à des estimations chiffrées
Dans Science en janvier dernier, Stefan Ramhstorf , notant l'absence à ce jour d'une modélisation mécaniste crédible des calottes glaciaires, proposait un article controversé
"A semi-empirical Approach to projecting future sea-level rise" : en extrapolant une simple relation linéaire entre hausse des températures et du niveau des mers établie sur
le 20ème siècle, il indique une hausse pour le 21ème entre 0.4 et 1.4 mètre, ce qui est déjà le double des prévisions du GIEC - sans prendre en compte, par construction, la
contribution des calottes (faible au 20ème).
Dans un article paru en mai dans Environmental Research Letters, Jim Hansen lui répond que si justement la hausse du 20ème a bien été dominée par des termes linéaires, i-e
dilatation thermique et fonte des glaciers continentaux, celle du 21ème sera très certainement, sous un scénario d'émissions "Business as usual", dominée par ce troisième terme qui a toutes les
chances de ne pas être linéaire du tout: la désintégration des calottes. Cela rend insuffisant d'après lui la projection de Ramhstorf. Il fonde cette assertion sur une biblio imposante des
observations récentes (in situ et par satellite) des phénomènes de fonte dynamique décrits ci-dessus, et sur des données paleoclimatiques indiquant que par le passé la hausse du niveau
des mers, dans des épisodes de déglaciation ou de réchauffement, s'est dèjà produite à des vitesses de plusieurs mètres par siècle: estimant que sur la dernière dizaine
d'années la contribution des calottes a doublé et atteint maintenant à elle-seule 1mm/an (contre 2 mm/an, tous phénomènes compris, en moyenne pour le 20ème), et extrolant cette progression
géométrique au 21ème siècle, il en arrive pour 2100 à une hausse de ... 5 mètres du niveau des mers - chiffre qu'il donne comme ordre de grandeur, bien plus probable à
ses yeux qu'une évélation linéaire de quelques dizines de cm.
"SCIENTIFIC RETICENCE"
Cet article de J.Hansen s'intitule "Scientific reticence and sea-level rise" (en open acess - profitez-en).
Hansen, sentant sa position plus isolée dans la sphère publique qu'au sein de la communauté scientifique, y argue qu'une "réticence scientifque" empêche parfois la bonne communication
auprès du public des dangers posés par le changement climatique - et que le cas de la montée des eaux en offre un bon exemple. La "réticence" proviendrait de la méthode
scientifique faite de petits pas et de scepticisme (n'en déplaise au "vrais" climato-sceptiques...), ainsi que du phénomène psychologique suivant: "Concern about the danger of
`crying wolf' is more immediate than concern about the danger of `fiddling while Rome burns. [...] there is a preference for immediate over delayed rewards, which may contribute to
irrational reticence even among rational scientists".
Hansen ne blâme pas, pour autant, le GIEC pour sa réticence à en dire un peu plus que le "plus petit
dénominateur commun" du consensus scientifique - encore que personnellement, je trouve qu'on peut penser que le GIEC aurait dû présenter les choses peut-être différemment : non pas seulement
l'incertitude des résultats (ce qui est fait avec les fourchettes, et les likely ou very likely ), mais l'incertitude sur les mécanismes à l'origine de ces résultats.
Parce que même si le GiEC dit "on a exclu la fonte des calottes, parce qu'on n'en sait pas assez, et voici ce que ca donne", le public va retenir la seconde moitié de la phrase et oublier la
première. Idem pour la hausse des températures, qui n'inclut pas les feedbacks carbone-climat ou la fonte du permafrost et les émissions de méthane -
Le point de vue de Hansen est finalement bien résumé par ces lignes (souligné de ma part):
"Positive climate feedbacks and global warming already `in the pipeline' due to climate system inertia together yield the possibility of climate `tipping points' , such that large
additional climate change and climate impacts are possible with little additional human-made forcing. Such a system demands early warnings and forces the concerned scientist to abandon the
comfort of waiting for incontrovertible confirmations
There is, in my opinion, a huge gap between what is understood about human-made global warming and its consequences, and what is known by the people who most need to know, the public and policy
makers. The IPCC is doing a commendable job, but we need something more. Given the reticence that the IPCC necessarily exhibits, there need to be supplementary mechanisms. The onus, it seems to
me, falls on us scientists as a community".
A la réponse spontanée du scientifique "réticent" : "je n'en sais pas assez pour répondre au problème", Hansen nous invite à nous demander aussi "en savons-nous suffisamment pour en
dire plus ?".
M.Oppenheimer, de l'université de Princeton et membre éminent du GIEC, tient à peu près le même discours dans un article paru
dans Science le mois dernier, "The Limits to Consensus" (que vous pouvez lire ici). Selon lui, il est plus utile
maintenant que les décideurs et politiques fassent appel à des rapports plus ciblés, plus fréquents, rédigés par des équipes plus ramassées, de quelques experts: bien que les rapports du GIEC
aient été très utiles pour exposer au grand jour les données fondamentales et désormais irrécusables du changement climatique, sa lourdeur, la lenteur de ses procédures et le processus même de
consensus qui le fonde ne lui permettent plus d'être un système d'alarme suffisammment précoce et efficace.
Voila, quoi qu'il en soit, qui promet: entre la ligne "consensuelle" et celle plus "alarmante" (et non "alarmiste" - nuance), il sera intéressant de suivre le devenir du GIEC, s'il
subsiste, au cours des prochaines années.
(Les pessimistes diront même peut-être que le fait qu'il recoive un césar d'hon...pardon, un Prix Nobel de la paix, est sans doute le signe précoce d'une fin de carrière prochaine...)
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