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9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 17:52
Dans la série "les idées loufoques de géo-engineering permettent de faire des papiers" (voir ici ou ) , on m'a glissé dans ma boîte mail ce papier récent de Ornstein et al. dans Climatic Change, intitulé 'Irrigated afforestation of the Sahara and Australian Outback to end global warming' (rien que ca...)
L'idée de Ornstein (qui est biologiste cellulaire, à la base, appremment) et de ses collègues de la NASA, vous l'aurez compris, est de reforester le Sahara et le désert australien pour stocker du carbone.
Avec un rapide calcul, ils estiment que de telles forêts (par exemple avec des eucalyptus) stockeraient, au moins pendant leur croissance, quelque chose entre 6 et 12 GtC/an - à comparer aux émissions globales qui sont autour de 9 GtC actuellement, tout compris.
Evidemment, il faut de l'eau pour arroser tout ca. Ornstein et al. proposent de pomper les aquifères fossiles locales, et surtout de dessaler l'eau de mer et de l'amener sur place, avec une irrigation bien entendu optimale (goutte-à-goutte). Les auteurs défendent l'idée que ce serait économiquement compétitif  par rapport au CCS (capture et séquestration du CO2).
L'idée est aussi que le feedback sur le cycle de l'eau local (en gros, les forêts humidifient le climat) génère une certaine quantitié de pluie, qui permette à terme de réduire les coùts d'irrigation.
Pour tester l'effet climatique d'un tel "terraforming", les auteurs font quelques petites simuls avec le modèle de climat du GISS, avec ou sans forêt irriguées à la place des déserts sahariens (et avec ou sans couplage avec l'océan).
Moralité: les pertubations sont surtout locales, avec, en effet, une pluie "aditionnelle" substantielle (de l'ordre de 1000mm/an), et un important refroidissement (plusieurs °C).
Moralité bis: il faut étudier ca davantage, et y songer sérieusement, même si ca coûte des trillions de $/an - de toutes facons, de nos jours, pour moins que des trillions de $, t'as plus rien.

A vos commentaires... notamment, sur les effets collatéraux involontaires d'un tel projet ? (les auteurs en mentionnent quelque-uns, c'est vrai).

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Published by ICE
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commentaires

Jean-Luc Trapani 23/11/2011 00:44

Réfléchissant à cette solution depuis plusieurs années, je suis tombé sur cet article en cherchant à connaitre quels seraient les effets indésirables d'une irrigation du Sahara.
Concernant l'irrigation je pensais à un pompage d'eau de mer alimenté au solaire avec une désalinisation par évaporation. Je ne pense pas que les coûts soient aussi importants que vous le pensez
(mais je suis optimiste de nature). N'étant pas climatologue, je n'ai pas d'idée précise des effets indésirables qui pourraient être liés à un tel changement, mais mon intuition me dit que cette
solution pourrait être la meilleure. A mon niveau (Responsable de laboratoires d'analyses physiques et chimiques), je ne sais pas exactement comment je pourrais aider à mettre en œuvre une solution
telle qu'une irrigation de désert, mais j'avoue que j'y crois.
Si vous avez une piste pour un soft de simulation climatique, je suis preneur ainsi que de toute autre information sur le sujet.
Merci

robin 15/10/2009 12:31


Créer une foret dans le desert, en détruire une en Indonésie ou en Amazonie... ou se prendre pour dieu.

Je sais cela ne fait pas avancer le débat sur ce projet.

Mais ce rapport de l'homme à la nature qui pense pouvoir la modeler comme il le désire je pense contribue au problème des émissions de CO2 (et des autres pollutions)

Pour moi elle confirme l'opinion selon laquelle on finira bien par trouver une solution technologique et qu'en attendant on peut continuer à consommer sans modération et efface la notion
d'équilibre et de responsabilité.


ICE 16/10/2009 15:19


uoi, assez d'accord - c'est le pb fondamental de l'idée du geoengineering: "traiter" ( et encore...à l'aveuglette) les symptômes et pas les causes. En général, tous les papiers de ce type
s'empressent d'indiquer que tout approche de geo-eng. ne dispense pas de réduire les émissions, conserver l'énergie, etc...  Ainsi Ornstein et al. notent que ca ne sert à "rien" de créer une
forêt dans le désert si c'est pour continer en même tmps à déforester les Tropiques. 


Thierry P. 14/10/2009 12:54


Merci Ice pour votre réponse.
De lointains souvenirs en pédologie me font aussi penser que l'équilibre qu'il conviendrait d'initier est délicat à booster.
Comme vous le rappelez avec l'apport nécessaire en azote, l'eau ne suffit pas pour établir un processus, il y aurait aussi toute une faune de micro-organismes à acclimater, l'érosion à évaluer, le
facteur temps à calculer mais encore les facteurs géopolitiques à prendre en compte...
Landais d'origine, j'ai pu observer comme il a été difficile de fixer le cordon dunaire en le végétalisant. Ainsi je pense que l'oyat une plante qui pourrait offrir beaucoup d'intérêt aux débuts
notamment du fait de sa résistance à la sécheresse et par ses rhyzomes qui fixent les sols. C'est moins spectaculaire qu'un eucalyptus, mais en commençant modestement, un tel projet de Sahara vert
qui serait pensé sur le très long terme pourrait être couronné de succès.
Je reste cependant très circonspect quant à l'utilisation "sans trop de scrupules" des eaux fossiles comme l'a déjà indiqué HollyDays en commentaire 2.


ICE 14/10/2009 17:37


je suis bien d'accord avec vous. D'une façon générale, je parlais de cet article parce que je trouvais l'idée gonflée, et marrante (le ton de l'article est assez, comment dire... enthousiaste, et
inhabituel, pour un article scientifique) et que ca illustre le fait qu'un certain nombre de papier sont publiés sur le geoengineering évalué à l'aide de 'test de sensibilité' des modèles de climat
(et les autres aspects, plus pratiques, sont juste discutés).
L'idée semble, à tout le moins, irréaliste... Une expérience de pensée, en somme. C'est toujours un peu le pb avec le geo-eng. : on ne va pas vraiment faire ca.


Thierry P. 14/10/2009 07:53


Billet intéressant. Le non spécialiste que je suis s'interroge sur l'espèce forestière qui serait prônée. Je crois me souvenir que l'eucalyptus serait plutôt "gourmand" en eau et qu'à ses pieds ne
poussent pas grand chose.

Quant à l'utilisation des eaux fossiles du sahara, ça m'évoque le projet de Grande rivière artificielle en Libye et la déperdition d'une ressource non renouvelable.


ICE 14/10/2009 12:16


en effet, l'eucalyptus n'est pas forcément le mieux... les auteurs discutent un peu ce point. Je coris qu'ils prennent ca car ca fait des grands arbres (~100 mètres) , et sans doute qu'il y avait
des références facilement accessibles pour calculer le stockage de C à l'hectare... L'idée c'est aussi que c'est un arbre qui résiste  bien aux hautes t° (mais avec des gros besoin en
eau).
Toutefois ils admettent qu'il faudrait peut-être planter au début un peu d'arbres plus tolérant à l'aridité, et de sélectionner des lignées d'eucalyptus plus résistantes à la sécherre. EN outre -
autre GROS pb - il faudrait bien planter des espèces fixatrices d'azote dans l'histoire, vu ques les sols désertiques sont dépourvus d'azote... les auteurs suggèrent donc d'interplanter des
acacia.
Quant à l'eau fossile: ce n'est pas très clair dans le papier, mais il semble que les auteurs l'exploiterait sans trop de scrupules, au moins pour amorcer le projet. Le ton général de l'affaire,
c'est "faut y aller".


HollyDays 10/10/2009 11:24


Planter des arbres est rarement une erreur, mais pomper de grandes quantités d'eau dans un aquifère fossile qui met des milliers voire des dizaines de milliers d'années à se recharger en est une
énorme, avec 100% de certitude.

Seul l'apport d'eau extérieur serait viable. Mais si cela passe par du dessalement d'eau de mer, obtenir l'eau dans les bonnes quantités consommera une quantité d'énergie considérable. Et ils vont
la prendre où, cette énergie abondante ? En fabriquant quelques kilomètres carrés de panneaux photovoltaïques, ou plus prosaïquement en brûlant du charbon ? (à moins qu'ils aient privilégié le
principe du four solaire à la distillation ou à l'osmose inverse, ce qui serait très novateur à une telle échelle)


ICE 12/10/2009 10:46


D'après les auteurs, avec en effet l'osmose inverse, et en comptant l'energie nécessaire pour monter l'eau à 450m d'altitude (moyenne du sahara) depuis le niveau de la mer, le bilan CO2 de
l'affaire est diminué de 38% avec du charbon, 22% avec du gas et 1.8% avec du nucléaire.
Evidemment, il suggère d'utiliser au maximum du CCS, ou du renouvelable - l'idée étant qu"au bout d'un certain temps, la pluie "additionnelle" diminue le besoin d'irrigation.

en fait le pb qu'ils mentionnent serait plus: que faire des déchets de désalinisation ? à cette échelle, ca ferait des quantités énormes, qu'il faudrait rediluer en mer très précautioneusement pour
ne pas pertuber la circulation thermohaline ou crée des zones mortes hypersalines et anoxiques... (si d'ailleurs qqn a des infos sur ce qu'en font les usins de désalinisation actuelles... ? rejet
en mer direct ?)