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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 14:30
Vincent Courtillot continue de capter l'attention des médias: il était la semaine dernière l'invité de Parlons Net, l'émission de France Info, interviewé pendant 1 petite heure par des journalistes de FI, l'Express et Slate.fr  (pas de 'contradicteur' scientifique... dommage). Si on voulait faire du mauvais esprit, on pourrait dire que pour quelqu'un prétendant qu'on n'entend pas assez les 'voix dissidentes' s'exprimer sur le réchauffement climatique, il y a comme un début de contradiction...bref.
J'ai écouté l'émission, mais je n'ai plus en tête ce qu'il disait exactement - à part sa réaction sur le CRUGATE, que j'ai trouvé plutôt raisonnable ( en gros, il a lu avec intérêt ce qui le concernait, et le reste, "il s'en fout"...). Il faut dire que les journalistes l'ont longuement laissé parlé - avec raison car Courtillot s'exprime très clairement et posément.
Non, sur le fond, autant reprendre ce qu'il a écrit avec JL Le Mouel dans ce rapport de l'Académie des Sciences - rapport qui expose les réponses de ses membres à des questions liées au réchauffement climatique, et plus généralement au développement durable. Evidemment, l'Académie précise que ce document ne représente pas son jugement définitif sur la question, mais le fait est qu'en présentant de façon égale les propos de Courtillot et al. et ceux, par exemple, d'Hervé Le Treut ou Michel Petit, elle se montre apparemment divisée...
Commencons par le première question :

I-2   La question se pose pour certains de savoir s’il y a une modification du climat due aux activités humaines. Si oui, par quoi se traduit-elle ?
Courtillot et Le Mouel:   "Le climat est en général défini comme la moyenne de la météorologie sur environ trente ans. Il est caractérisé par de nombreux paramètres observables : température, pression, précipitations, vents, nébulosité, insolation,... Le paramètre le plus couramment observé et représenté est la température. Il n’est pas si simple de mesurer la température moyenne globale de la basse atmosphère ni de s’assurer qu’elle a bien une signification thermodynamique (les températures ne s’additionnent pas, contrairement par exemple aux volumes). "

Personne n'a dit le contraire... Les climatologues travaillent aussi en terme de chaleur (notamment d'oceanic heat uptake), de déquilibre énergétique, etc. Ca n'empêche pas de calculer une T° moyenne globale comme indice de  l'évolution du climat.

"De plus, les températures moyennes diffèrent considérablement d’une région climatique à l’autre (voir réponse à la question I-3 pour la France) et celles que nous avons recalculées diffèrent sensiblement de celles qui sont représentées dans le rapport 2007 du GIEC (figure 1 de la réponse à la question I-3).


Ah - sous-entendu le GIEC doit se tromper ? Si on va voir la figure, on voit que le graph du GIEC est Am. du Nord et celui de Courtillot USA, que le lissage n'est visiblement pas le même ( d'ailleur celui du GIEC est un peu exagéré.qd même..), que les données considérées ne sont pas les mêmes.... (au passage on pourra voir la courbe de T° des USA calculée par la NASA ici). Où Courtillot veut-il en venir ? Il tient souvent le dicours qu'il n'y a pas "un"  réchauffement, mais "des" réchauffements régionaux avec des allures différentes - et alors ? sous-entendu, il y a plusieurs explications régionales indépendantes, donc pas de réchauffement global ?!? Mais où Courtillot a-t-il lu que le réchauffement devait se traduire par la même courbe en tout point du globe ??

      Si l’on admet cependant la validité de la courbe moyenne mondiale publiée sur le site du centre de recherches britannique de Hadley (figure 1),

Sans oublier celles de la NOAA et du GISS... admettons, admettons.

 on voit que la température moyenne a crû de 1910 à 1930 environ, décrû de 1940 à 1970, crû à nouveau jusqu’en 1998 qui en marque le maximum, et décrû à nouveau depuis.



Aha. C'est un des piliers du discours de Courtillot. Notons que cette façon de présenter les choses est assez trompeuse (surtout sur France Info, sans image...), vu que la 'décrue' de 1940 à 1970 est bien moins prononcée que les pentes ascendantes... Notez aussi les bouts de tendances 'indicatives" ( = dessinées à la main ?! ).
Quant à la "décrue" depuis 1998, inutile de préciser qu'elle ne tient qu'au choix de 98 comme borne inférieure, i-e c'est un résultat très robuste (incidemment, au moment où VC a pris la courbe mensuelle du CRU, elle se terminait sur je ne sais plus quel mois de 2008 particulièrement froid, accentuant l'apparence de tendance à la baisse - avec les mois jusqu'en 2009 ca donne ca - d'autre part cette "décrue" apparait beaucoup moins dans les données GISS ou NOAA. - pourquoi donc s'accrocher à cette courbe du CRU, qui, de l'avis de tous, est pondue par une équipe d'incompétents/comploteurs/ayatollah écolo-malthuso-communistes ?)

Cette forme particulière de la courbe ressemble beaucoup plus aux variations de divers indicateurs caractéristiques des variations d’activité solaire qu’à celles de la concentration de CO2 dans l’atmosphère.


Re-aha: le coeur de l'argumentaire de Courtillot... les courbes se RESSEMBLENT !! C'est donc le soleil.
C'est quand même assez consternant de lire ca dans un document estampillé Académie Francaise... Tout ca a été dit mille fois, non ? sur les dernières décennies, les indices solaires (irradiance, magnétisme...) présentent des cycles, mais pas de tendance permettant d'expliquer l'accroissement de T°. Voir cette figure de Bard et Delaygue:



ou celle-ci de Rasmus Benestad (source):




qui parlent d'elles-mêmes.

La décroissance observée pendant la dernière décennie correspond bien à la décroissance de l’activité solaire, qui semble être rentrée dans une phase plus faible que lors des dernières décennies, et qui pourrait durer plusieurs décennies, comme l’ont observé pour le passé les physiciens du Soleil (de Jager, 2008).

Bien sûr, la "décroissance" depuis 1998 n'a rien à voir non plus avec le Nino de 1998 et la Nina de 2008... En suivant cette ligne d'argument, puisque le Soleil est parait-il dans un minimum d'activité centennal, on devrait en ce moment battre des records de froid, non ?
Sans compter que 10 ans ca définit parfaitement bien une tendance du climat (voir la première phrase de Courtillot) - et que tous les modèles prévoient  rigoureusement une augmentation de la T° régulière année après année...

Nous avons multiplié depuis 2005 les études qui font apparaître la présence indiscutable de signaux solaires dans les températures et dans la variabilité des températures en Europe et aux Etats-Unis (figure 2). Nous avons également pu
montrer dans les séries les plus longues (plus de deux siècles) de stations comme Prague, Bologne ou Uccle, que le cycle de la température au cours de l’année « sait » parfaitement si l’on est en période de fort ou de faible cycle solaire. Nous avons retrouvé la signature solaire dans une oscillation du système océan-atmosphère qui est importante pour le climat du Pacifique tropical nord, l’oscillation de Madden-Julian. Ces observations, désormais publiées (voir références), semblent bien indiquer que l’influence du Soleil a été sous-estimée et celle du CO2 surestimée
dans les modèles.


Personnes ne dit que le Soleil n'a pas d'influence sur la variabilité des T° et du climat en général ( voir par exemple les papiers de Camp et Tung) - mais quasiment personne ne soutient que ses variations seules expliquent la tendance au réchauffement récent. En quoi un rôle dans la variabilité climatique est-il incompatible avec une tendance de fond au réchauffement pilotée par les GES ?? Comme montré par les figures ci-dessus, Il faut se livrer à pas mal de contorsions, par exemple invoquer des liens entre T° et activité solaire encore inconnus, pour essayer de lier tendance au réchauffement et activité solaire... De plus, il faut expliquer ce que devient dans l'histoire le forcage radiatif - bien établi - des GES: par exemple, comment le climat peut être très sensible au forcage radiatif de l'irradiance solaire, , sans l'être à celui des GES... Enfin, considérer la T° globale n'est pas tout: l'hypothèse solaire cadre assez mal avec le pattern spatio-temporel du réchauffement (plus la nuit que le jour, plus au hautes latitudes, refroidissement des hautes couches de l'atmosphère, etc...)...Bref.

      Deux articles récents révisent à la baisse la sensibilité de l’atmosphère au CO2 (Lindzen et Choi, 2009) et les variations de l’irradiance solaire à long terme à la hausse (Scafetta et Willson, 2009) au point de peut-être inverser leurs contributions respectives.

Du beau cherry-picking d'articles, tout récents en effet (VC suit l'actualité, visiblement), et surtout... tout controversés. La reconstruction d'irradiance solaire de Scafetta, qui au fil de ses papiers semble déterminé à montrer que le soleil pilote largement le réchauffement récent, ne fait pas l'unanimité; de même l'article de Lindzen et Choi est loin d'emporter l'adhésion,  même Roy Spencer, pourtant souvent cité du côté des sceptiques, lui trouve de gros problèmes (nb: c'est cet article qu'un chercheur du CRU, dans les mails volés, qualifiait de 'connerie'...)

Enfin, une ré-analyse des anneaux d’accroissement des arbres (Grudd et al, 2008) confirme que la célèbre courbe en crosse de hockey de Mann est fausse (à cause notamment d’un biais lié à l’épaisseur de ces anneaux en fonction de l’âge de l’arbre) et que les températures actuelles et le réchauffement climatique des 150 dernières années ne sont ni exceptionnels ni exceptionnellement rapides.


Bien entendu, les reconstructions de T° sur 1000 ans ne tiennent QUE avec des cernes d'arbres...Ralala. Encore du cherry-picking d'articles, Courtillot pourrait aussi citer ce PNAS 2008, ou désormais il pourra citer ce Science de 2009, qui regroupent pleins de proxies. De façon générale, citer 1ou 2 publis qui ne vont que dans un sens n'est pas donner une vision honnête de la question...Une publi seule suffit rarement à faire autorité, c'est la review de différents travaux qui permet de donner une opinion circonstanciée.  Ah mais tiens c'est justement ce que fait l'IPCC - dommage, encore une fois, que ce ne soit qu'une bande d'incompétents mercenaires à la solde d'Al Gore. (notons que Courtillot et Le Mouel sont les seuls dans le Document de l'Académie à resssentir le besoin de montrer des figures et donner des références...).
Enfin, en quoi les variations passées du climat et leur origine impliquent-elle que le le CO2 (et le CH4, et les CFCs, ...) n'ont pas d'effet sur le climat maintenant ??

Quatre ou cinq fois depuis 1500 ans la température moyenne a été aussi élevée, et pendant deux siècles autour de l’an mille nettement plus élevée: on produisait du vin à Londres et les Vikings occupaient un Groënland vert...
»


Raaa... on termine en beauté, formidable (au temps pour l'Académie). C'est vrai que l'argument est imparable.

[PS: il y a une deuxième contribution de VC et JLL dans ce document - pour le #2...]

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commentaires

Maxime 18/12/2009 20:15


Je suis un néophyte sortant d'une conférence de Courtillot (enfin sur internet, une conf donnée à strasbourg). merci pour votre blogue, où l'on peut prendre du recul.

Mais êtes vous sûr que montrer les courbes Bard et Delaygue ou de Benestad serve à contredire Courtillot?

Il me semble que le lien climat-soleil qu'il met en avant est sur des oscillations de période bcp plus longues que les oscillations montrées par les graphes ci dessus... l'oscillation de
l'enveloppe des phases ici montrées, me semble-t-il. n'est ce pas?


ICE 20/12/2009 22:54



Mais êtes vous sûr que montrer les courbes Bard et Delaygue ou de Benestad serve à contredire Courtillot?

comme on ne sait pas trop quel mécanisme invoque Courtillot quand il dit "c'est le soleil" (l'irradiance totale ? la modulation du rayonnement cosmique ?) c'est difficile de le réfuter
clairement... mais le point est: pas de trend dans le solaire sur les dernières décennies (pas davantage dans "l'enveloppe" - sans même parler d'un mécanisme justifiant une telle
considération...)



JL 05/12/2009 20:17


Bonjour,
Je suis ce blog avec intérêt (et parfois avec difficulté), et je constate que quand on retourne dans le sérieux des études, tout redevient apaisé, et il n'y a plus personne pour crier à la
conspiration...


gdl 04/12/2009 13:49


>De quel ordre de grandeur était le réchauffement
>'magnétique' prévu par VC et al. ?
Aucune quantification.
La conclusion de l'article est : "The clearly established 1970 secular acceleration, which has now been maintained for a decade, suggests a correlated positive acceleration in LOD [length of day]
in the immediate future and the beginning of a period of steady increase in average global temperature around 1990 (+-5 yr)."
Le corrigé de 1983 précise : "Thus, the forecasted acceleration in rotation following the 1970 secular acceleration jerk might not occur before 1985 and the increase in average global temperature
before 1995-2000."
Cordialement.


gdl 02/12/2009 23:05


Merci pour ces commentaires bien argumentés.
Toutes ces gesticulations de Courtillot prennent un relief particulier lorsque l'on se souvient qu'il n'en est pas à sa première aventure. Dans un papier publié en 1982 dans Nature, Courtillot et
ses co-auteurs se risquaient en effet à une prédiction climatique ('Geomagnetic secular variation as a precursor of climatic change', Nature 297, 386, DOI: 10.1038/297386a0; voir aussi une
correction : Nature 303, 638 DOI: 10.1038/303638a0).
Le résumé se termine ainsi : "We suggest that geomagnetic secular variation can be used to forecast a climatic change in the 1990s."
Une révision (citée) repousse le réchauffement massif prévu aux années 1995-2000, réchauffement que l'on attend toujours. Il faut se pincer pour croire que Nature ait bien pu publier une telle
étude basée sur une vague corrélation et aucun mécanisme physique. Une étude cite bien ce papier (A. Oort, BAMS 1989, 70,1231 DOI: 10.1175/1520-0477(1989)0702.0.CO;2) mais pour rappeler (p.1234)
que l'ordre de grandeur des phénomènes implique un lien de cause à effet inverse de celui invoqué par Courtillot et al.
Il semble que l'origine du titre de 'géophysicien' échappe quelque peu à certaines personnes...
Bien cordialement.


ICE 04/12/2009 13:18


Merci pour ces précisions.
Je ne connaissais pas cet article, et probblement peu de monde le connait - il est en effet intéressant de voir que VC s'intéresse au climat via le magnétisme depuis plus longtemps qu'il ne le
dit...
Je n'arrive pas à accéder à l'article en ligne - peut-être en bibliothèque. De quel ordre de grandeur était le réchauffement 'magnétique' prévu par VC et al. ?


Alain S 02/12/2009 09:55


Bonjour,

J'ai vu les conférences et cette intervention de VC. Le seul point que j'ai retenu, est la critique de la température moyenne globale car il me semble que sans évaluation de la répartition, c'est
un indicateur un peu fragile. C'est sans doute une question qui a déjà été débattue, mais je découvre ce sujet.


ICE 04/12/2009 13:35


Bonjour,

Qq remarques:
- Courtillot ne fait pas confiance à la t° globale du CRU quand elle augmente, mais il lui fait une confiance absolue pour la prétendue "baisse" depuis 1998...
- cette t° globale est calculée de facon indépendante par au moins 3 organismes: CRU, NOAA et NASA. Elles se ressemblent toutes. Bien sûr, on peut choisir de ne pas leur faire confiance... mais je
ne vois pas trop pourquoi.
- il y a bien entendu un pattern spatio-temporel de ces données de t°, avant d'être aggrégées en t° globale annuelle.  on peut donc regarde si le réchauffement induit par un effet de serre
additionel anthropique, tel que simulé par les modèles, 'colle' bien avec ce pattern. Ce sont plutot les 'solaristes' qui font souvent des corrélations entre indice solaire et indice climatique (et
en cherchant bien, des corrélations, on finit toujours par en trouver) sans trop détailler cet indice dans le temps et l'espace...