Lundi 23 juin 2008 1 23 /06 /Juin /2008 14:07
- Par ICE
J'ai l'impression de tomber assez souvent, ici ou là, sur des articles indiquant que l'Afrique sub-saharienne sera la grande victime du changement climatique (et que c'est parfaitement injuste puisque les africains émettent individuellement quelques pouillèmes de tonnes de CO2), et que les conséquences du réchauffement se font d'ailleurs déjà sentir: sécheresses, baisse et irrégularité des précipitations, assèchement du lac Tchad et disparition des neiges du Kilimandjaro... Par exemple les propos de l'envoyé des Nations-Unies Jan Egeland sur Afrique de l'ouest, ou à propos de cet atlas sur l'environnement en Afrique -
D'autre part j'ai aussi l'impression (peut-être exagérée, c'est vrai) que ce genre d'image sert trop souvent d'illustration (avec les ours polaires...) aux articles sur le réchauffement du climat:



Bon, je ne veux pas non plus avoir l'air de pourfendre des moulins à vent imaginaires ici (disons du moins qu'il y a peut-être un amalgame: conditions climatiques hostiles/ vulnérabilité des populations/dégradation de l'environnement/changement climatique...), mais qu'en est-il vraiment? Eh bien, pour rester sur le Sahel par exemple, on peut regarder en premier lieu, cet indice aggrégé de la pluviométrie:


Où l'on voit que, si le Sahel a connu des décennies 70-80 très éprouvantes, les choses se rétablissent petit à petit sur les deux dernières décennies (manquent 2005-2007, qui n'infirment pas, grosso modo, ce retour à la moyenne). Evidemment le cumul annuel est un indicateur grossier et insuffisant pour juger de la qualité de la saison des pluies, mais au premier ordre cela signifie au moins que cette région n'est pas en voie de désertification climatique.
Quant à la végétation, les études sur la région montrent en général, sans surprise, une tendance au reverdissement depuis les années 80-90 (par exemple Herrmann et al 2006, ou l'on trouve ce composite d'image satellite AVHRR sur 82-2003, en % de la moyenne 82-2003, pour le NDVI:

En fait, comprendre et expliquer cette variabilité, intra-saisonniere, annuelle et décennale, de la mousson africaine, est un sujet de recherche majeur (en ordre de grandeur, ces variations d'intensité de la mousson ouest-africaine sur les 50 dernières années constituent en effet le signal climatique le plus important à l'échelle du globe - en terme de précipitations) et on ne peut plus actuel: il n'y a notamment personne, pour l'instant, pour affirmer que ces variations (en particulier les sécheresses des 70's et 80's, mais aussi les tendances actuelles) soient une conséquence directe de l'effet de serre additionnel anthropique et du changement climatique... (ce qui est d'ailleurs toujours difficile quand il s'agit d'un signal décennal à l'échelle régionale...).

Qu'en est-il alors pour le futur ? eh bien les modèles de climat ne sont en fait pas d'un grand secours pour l'instant. Comme je l'indiquais déjà ici, on peut dire que les Tropiques terrestres sont précisément la zone où les modèles divergent le plus (jusqu'au signe) dans leurs prévisions. Mais pour faire un focus plus précis sur l'Afrique de l'ouest, on peut prendre le papier de Vizy et Cook dans Journal of Climate (2006) (j'en avais deja brièvement parlé ici, j'aime bien ce papier...) : ils analysent les performances des modèles couplés de l'AR4 (= le GIEC 2007) sur cette région, et regardent ce que donnent les "meilleurs" modeles pour le futur.
Commencons par regarder la climatologie moyenne de la région pour la saison des pluies (juin-septembre), avec trois produits de précipitations ( a et b sont 79-2005, c 1960-90)

et ce que donnent les modeles (sur 49-2000):
Bon, on peut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide, c'est selon, mais le fait est qu'un certain nombre de modèles n'ont pas de mousson du tout (le maximum de précip reste trop au sud), par exemple CSIRO, ECHAM5, CCSM, HADCM (le modèle du Hadley Center)...;  et très peu arrivent à capter correctement la structure tripolaire (comme par exemple CCCma (canadien). Quant aux ordres de grandeur (en mm/j), ils sont souvent bien à côté de la plaque... Les auteurs notent que les performances des modèles sont moins bonnes dans l'ensemble que sur le les continents tempérés (AN, Europe). 
Suite à cette simple première analyse ils "éliminent" 8 des 18 modèles étudiés; ils poursuivent l'analyse avec les strucutres atmosphérique de circulation méridienne, et surtout avec l''étude du mode de variabilité dominant en Afrique de l'Ouest, à savoir le dipole côte guinéenne / Sahel, forcé par les températures de mer du Golfe de Guinée (grosso modo : anomalie chaude dans le Golfe  => côté guinéenne + humide, sahel + sec / et vice-versa).
Verdict: seuls 4 modèles passent le test, à savoir présentent les caractéristiques attendues de circulation et de variabilité: GFDL_O (Princeton), GISS_EH (New York),  MIROC et MRI (Japon).
Donc ils regardent les prévisions pour le XXIè siècle, avec le scénario d'émissions "sévère" A2 pour ces modèles(le modèle GISS n'est pas présenté, car ne simulant que le scénario A1B1 à l'époque du papier): ci-dessous les anomalies de précipitations juin/sept par rapport à 1949-2000 en mm/j, pour la côté guinéenne (gauche) et le Sahel (droite)...



Et donc: ca diverge sérieusement.... En particulier, pour le Sahel, la pluie augmente (MIROC) ou décroit fortement (dans GFDL, la mousson a quasiment disparu), ou ne change pas beaucoup (MRI)...
Evidemment, les auteurs analysent les mécanismes à l'origine de ces comportements différents dans les trois modèles: et à les lire, malgré toutes les réserves de mise dans un tel travail, le classement implicite que l'on peut faire en terme de crédibilité, c'est MRI > MIROC > GFDL... Pas de quoi, donc, se faire pour l'instant une opinion tranchée sur l'avenir de la mousson africaine.


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