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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 22:05

hmm... le titre n'est sans doute pas directement très parlant, mais j'espère m'expliquer... il se refère à un séminaire original d'aujourd'hui au labo "Une histoire du climat, à quoi ca sert ?" par emmanuel Garnier, maître de conf en histoire et qui s'intéresse à l'histoire "humaine" du climat. Vous connaissez peut-être, dans cette même veine, l'historien Emmanuel Le Roy Ladurie, pionnier de cette discipline (entre autre), et qui l' a récemment popularisée avec son "abrégé de l'histoire du climat depuis le moyen-age".
Le principe de ces études est bien connu, il consiste à retrouver dans les sources humaines "écrites" des indications sur le temps qu'il faisait à l'époque. Il peut s'agir de recueils municipaux de dates de vendanges ou de moissons, de prix des céréales, de journaux tenus par des particuliers consignant des informations sur la météo, de recueils consignant les processions religieuses (visant à obtenir la clémence divine lors de sécheresse ou d'inondations par exemple), de tableaux ou d'images datés (ex-voto noamment), etc... La "paperasse" administrative d'époque est apparemment bien précieuse...On peut remonter ainsi en général jusqu'au 14-15ème siècle max, en général.
Une de ces sources les plus souvent mentionnées sont les dates de vendanges, qui donnent en effet une information sur la chaleur subie par la vigne durant son cycle de croissance. Oui mais, prudence! les dates de vendange ne sont pas que "météorologiques", mais aussi des "constructions sociales" (enro, qu'en penses-tu ?). A ce titre, Emmanuel Garnier citait l'exemple de la série de vendanges du vignoble de Besancon, série très longue et apparemment très bien documentée du 16 au 19ème siècle: cependant, méfiance, c'est là que les Suisses interviennent... en effet Besançon, ville de pont, est à l'époque un point de passage obligé entre Paris et la Suisse. Or, à cette époque assez belliqueuse (16è-17è), pour faire la guerre, le roi et l'armée francaise recrute régulièrment des soldats-mercenaires suisses, parait-il soldats réputés (on pense aux gardes suisses du Vatican). Ceux-ci se retrouvent donc souvent à faire la route entre Paris et leur pays. N'étant apparemment pas payé pour leur "frais de bouche", ils ont pris la mauvaise habitude de vivre "sur le pays" - plus ou moins du pillage, quoi. Et c'est là que mon titre s'éclaire (ouf): les Suisses ont appris à bien aimer le raisin de Besançon - un peu trop. Les habitants de Besançon finissent donc par ne pas beaucoup aimer les Suisses. En conséquence, lorsqu'elles sont averties de l'arrivée des régiments d'helvètes dans la région, les autorités de la ville décident souvent d'avancer, tant bien que mal, la date des vendanges du vignoble qui entoure la ville, afin d'éviter le squattage de la récolte par les soldats suisses sans-gêne... Voilà comment, pour des raisons géopolitico-sociales subtiles, certains segments de cette série de dates de vendanges doivent être considérés avec précaution comme un proxy du climat de la région. Un pourcentage non-négligeable d'années se voyaient ainsi qualifier, au sein de cette série, de "non-climatiques". 
Bon, bien sûr, les soldats suisses ne sont pas responsables de tous les maux de l'histoire du climat: en particulier, le gros challenge vis-à-àvis des sciences du climat consiste à passer du qualitatif ("ce matin de l'an de grâce 1673, à Boue-sur-Oise, il fait bien froid..") à du quantitatif et du statistique. J'imagine qu'alors, ces données seraient utiles pour étudier la variabilité climatique passée à une échelle plus fine que celle permise par les autres enregistrements paléo (cernes d'arbres, stalagtites, etc..) - ou pour étudier statistiquement les évenements extrêmes, etc...

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