Dimanche 18 novembre 2007 7 18 /11 /Nov /2007 00:16
- Par ICE

Parmi les les "murs" que nous allons inexorablement atteindre dans les prochaines années et décennies, le Peak Oil (puis, plus généralement, le Peak Energy), et le changement climatique, sont certainement parmi les plus proches, et les plus "solides".
Ces deux phénomènes ont leurs "communautés" respectives,  leurs "lanceurs d'alerte"; parfois leurs Cassandres; leurs négationnistes béats aussi, évidemment (souvent des économistes :-) ) - et l'immense majorité des gens, bien sûr, mal informés, qui ne saisissent pas bien les tenants et les aboutissants de cette double affaire.
Toutefois, "peakers" et "warmers", ou du moins ce qu'on en entend le plus souvent, constituent souvent deux communautés assez disctinctes, chacune ayant tendance à mettre en avant la cause qu'elle "défend" comme étant prioritaire, représentant un danger plus imminent, aux conséquences potentiellement plus désastreuses. Une sorte de "doom & gloom competition", en fait. On trouve ainsi des "peakers" qui ne croient pas vraiment au réchauffement climatique- et des "warmers" qui ne voient pas vraiment de problèmes avec le Peak Oil  (comme le journaliste anglais George Monbiot).

Force nous est de reconnaître, en premier lieu, que le changement climatique recoit aujourd'hui plus d'attention sur la place publique (pas toujours de façon très hierarchisée, c'est sûr) que le problème du Peak Oil - bien que celui-ci fasse, ces derniers temps, une certaine percée (voir articles dans le Monde et ailleurs, à la faveur de la hausse du baril), et que les thèses de l'ASPO (Peak Oil entre maintenant et 2010-12) deviennent peu à peu "mainstream" -on ne peut que s'en réjouir- voir notamment les récents propos des CEO's de Total, Conoco, ou de l'IEA (par exemple ici). 

Pour autant, parce qu'ils sont fondamentalement l'amont et l'aval d'une même problématique, à savoir notre addiction systémique à l'énergie fossile, ces deux problèmes méritent d'être abordés ensemble.
Voici donc, pour ce premier post, quelques petites reflexions qualitatives, sans prétention, sur le sujet, glanées ici ou là - voire personnelles.

PO3.jpg
Sur la perception du risque, tout d'abord:

PO et CC se réjoignent sur un problème d'échelle de temps, qui leur permet d'échapper à notre perception des risques - mais de façon contraire:
 
- le CC est une conséquence trop éloignée dans le temps, et pour l'instant trop lente, de notre comportement présent, pour que nous percevions réellement la menace (effet grenouille-dans-la-casserole-qui-bout).
 
- inversement,  l'effet économique du Peak Oil risque d'être trop soudain et violent pour être absorbé par nos sociétés, puisque le marché n'envoie pas de signaux à long terme pouvant permettre une adaptation structurelle, voire même qu'il envoie des signaux potentiellement contradictoires à court-moyen terme (par exemple, si suite à une récession américaine le baril rechute à 60-70$ l'an prochain, tout sera redevenu pour le mieux dans le meilleur des mondes, et on oubliera probablement l'avertissement, jusqu'au suivant) : les échelles de temps du marché et la "décarbonisation" de notre société sont fondamentalement incompatibles (on peut s'amuser à imaginer combien nous serions aujourd'hui mieux partis pour affronter les décennies futures, si Bush père, Thatcher ou Mitterand avaient lancé dans les années 80 de grands chantiers d'économies "low-carbon"...) - d'où, au passage, la légitimité d'une taxe carbone réelle, i-e éternellement croissante, pour donner un signal prix anticipable à long terme sur le fossile, dès maintenant, avant qu'il ne soit trop tard.
Car comme l'expliquait James Schlesinger à la dernière conférence de l'ASPO, face au danger, nous n'avons en fait que deux réactions: la complaisance, ou la panique.


Sur les conséquences:
PO et CC se rejoignent, a priori, sur l'ampleur des conséquences qu'ils aur.. - qu'ils peuvent avoir:
 
- le Peak Oil risque fort d'être équivalent à Peak Economy - voir à ce sujet l'interview de Robert Hirsch par David Strahan (ici). En effet, pour résumer simplement, et sans discuter les multiples méandres de la question - pic ou plateau, report sur le gaz et le charbon, leur réserves respectives,  les renouvelables, etc...- fondamentalement notre système économique tout entier repose sur l’idée que nous serons plus riche demain que aujourd’hui, d’où emprunts, investissements, endettement, etc... Jusqu’à maintenant cette croissance de la richesse était soutenue par une croissance tout aussi constante de consommation d’énergie, avant tout sous forme de pétrole. Je crois réellement que dans notre civilisation industrielle, l'économie c'est, au premier ordre, de l'énergie. On ne sait toujours pas découpler croissance et énergie - il commence à se faire tard pour découvrir comment.
Tout laisse donc supposer que lorsque la quantité de pétrole disponible chaque année diminuera, inexorablement - et pour toujours -, malgré des reports temporaires et insuffisants sur charbon et renouvelables, le PIB, en tout cas tel que nous le calculons actuellement, partira inexorablement à la baisse lui aussi. Car que se passera-t-il quand les agents économiques réaliseront qu’il n’est plus possible d’envisager la croissance ? En tout cas c’est un monde économique radicalement différent qui se profile à tres court terme, ce qui me fait tomber d'accord avec Y.Cochet quand il dit que la question de qui paiera nos retraites en 2040, par ex., est finalement assez anecdotique... En cas de laisser-faire, le marché pourra-t-il organiser la pénurie d’énergie et la décroissance ?  Je ne miserais pas beaucoup là-dessus. Le marché ne gère pas la pénurie. Plus probablement, le rationnement, la répression, les conflits, ou un mélange de tout ca, gèrent la pénurie.
Bref, Peak Oil, même si ce n’est que Peak "Cheap and Plentiful" oil, signifie très probablement Peak Economy, car notre économie repose justement sur le Cheap and Plentiful and "EVER-INCREASING".

- quant au changement climatique, l'affaire est davantage médiatisée et mieux connue; rappelons simplement qu'il s'agit, "very likely", d'un changement climatique d'ampleur "geologique" (c'est-à-dire, comparable à ceux se produisant à cette échelle de temps), appliqué à une humanité sédentarisée, ayant peuplée l'ensemble de la planète et déjà développé des villes, des infrastructures, des réseaux, intimement adaptés à un facies climatique donné.

- enfin, pour lier les deux, c'est une évidence, mais si la pénurie d'énergie se fait sérieusement ressentir à partir de 2020-2030 par exemple, elle nous laissera dans le même temps avec moins de "répondant" face aux premières évolutions sérieuses du changement climatique - en effet, l'énergie disponible est notre permier facteur de réponse aux aléas environnementaux: ce qui nous permet  de reconstruire facilement ce qui a été détruit, de déplacer des populations, de chauffer quand il fait froid (et inversement), de produire de la nourriture facilement et de l'acheminer un peu partout, etc... les deux crises, du climat et de l'énergie, risquent fort, de ce point de vue là, de se conjuguer.

panic-peak-oil.jpg

Sur les solutions (éventuelles...):
Evidemment: économies d'énergies, parvenir à réduire notre drastiquement notre consommation de pétrole&gas aussi vite que possible, renouvelables, etc...; oublier le charbon sans séquestration.
Car, comme le dit Richard Heinberg, pour faire "d'une pierre deux coups" ( la seule perspective favorable que nous offre cette double contrainte PO/CC) , l'éventail des solutions se doit naturellement d'être pensé en traitant en même temps les deux problèmes: raisonner sur le changement climatique (et "compter les ppm") sans penser à l'énergie, c'est s'engager sur de fausses pistes, comme le nucléaire à haute dose, l'hydrogène, les agrocarburants (concurrence alimentaire)... et inversement, raisonner énergie en oubliant le climat, c'est s'engager sur du Coal to Liquids, de l'électricité au charbon, des pétroles non-conventionnels, les agrocarburants (à base de déforestation - décidément), etc....
A l'aune de ces deux contraintes, le chemin parait donc étroit (de toutes façons, fondamentalement, je ne vois pas ce qui peut prétendre sérieusement subsister dans quelques décennies à part de l'énergie renouvelable).
On peut également, sur cet aspect "solutions", penser que le changement climatique pourra servir de dérivatif puissant, au moins pendant un temps, au problème de l'énergie,: c'est-à-dire que les dirigeants mènent, ou essaient de mener, une politique énergétique "crash program" au nom du CC, et fassent ainsi passer aux citoyens un message valorisateur de "économisons l'énergie, c'est bon pour la planète, et vos enfants", au lieu d'un "économisons l'énergie... parce que y'en a p'u" - autrement plus angoissant. Je crois que c'est un peu ce qui se passe en ce moment chez nous.


Bref, quoiqu'il en soit, je voulais simplement ici regrouper ces quelques reflexions préliminaires, rapides et qualitatives - qui valent ce qu'elles valent.. - sur ce double sujet.
Il y a néanmoins une question que je n'ai pas abordée ici, et qui pourtant apparait souvent lorsqu'on essaie d'articuler PO et CC: quantitativement ces deux problèmes sont-ils exclusifs l'un de l'autre ? C'est-à-dire, peut-on envisager qu'une régulation des émissions de CO2 et l'organisation d'une transition énergétique, au nom de la lutte contre le changement climatique, nous évite le problème de la pénurie d'énergie fossile - ou inversement ne peut-on pas penser que le problème énergétique va, au moins, nous empêcher d'émettre trop de CO2 dans l'atmosphère et donc nous éviter un CC majeur ?  
J'y reviens dans un second post.
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