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26 octobre 2007 5 26 /10 /octobre /2007 18:21

Suite logique du premier que je commentais ici, un second article du Global Carbon Project dans PNAS (Preceedings of the National Acadamy of Sciences of the USA, en open-access); parmi les auteurs, toujours Mike Raupach,  Philippe Ciais ou Corinne Le Quéré: "Contributions to accelerating atmospheric CO2 growth from economic activity, carbone intensity, and efficiency of natural sinks" (ce papier a fait l'objet d'un article dans Le Monde, qui ne brillait pas par sa clarté...)

Je vous rappelle que le premier épisode faisait état d'une accélération des émissions mondiales de CO2, dont le taux de croissance annuelle passait de 1.3% et 3.3% par an entre les années 90 et la période 2000-2006, plus élevé que tous les scenarios envisagés par le GIEC. 
emissionsCO2.png

emissions2.png
En conséquence de quoi, ce nouvel article peut maintenant faire état d'une accélération de l'augmentation de la concentration atmosphérique de  CO2.
Cette concentration était à 280 ppm au pré-industriel (1750), elle est en 2006 à 381 ppm, supérieure aux 650 000 dernières années (et probablement aux 20 derniers millions d'années).
Le taux de croissance pour 2000-2006 est de 1.93 ppm/an, contre 1.58 et 1.49 pour les années 80 et 90.

Non seulement la concentration en CO2 continuent d'augmenter dans l'atmosphère, mais qui plus est elle augmente de plus en plus vite.
Rien que de très normal finalement, vu l'accélération des émissions. Mais là où l'article devient intéressant, c'est que la hausse  récente de concentration atmosphérique ne provient pas seulement de celle des émissions (elles-mêmes dues à un PIB flamboyant, et une intensité en carbone de l'économie qui de dégrade), mais aussi, d'après les auteurs... d'un affaiblissement des puits naturels de CO2 (en relatif aux émissions, pas en valeurs absolues)
Rappelons en effet que sur nos émissions (aujourd'hui environ 8.4 Gt de C - hors déforestations - soit 35% de plus qu'en 1990 ), une grosse moitié en moyenne est reprise chaque année par la végétation et les océans (à parts environ égales ). Cette reprise est néamoins très variable d'année en année, principalement selon la réponse de la végétation à la variabilité climatique interannuelle (par exemple El Nino).

Les auteurs pensent avoir détecté dans les obs une augmentation de l'Aiborne Fraction (part des émissions qui restent dans l'atmosphère, environ la moitié): +0.25% /an en moyenne, sur 1959-2006 (bien que la tendance ne soit pas statistiquement très significative, p=0.89).

airbonre.png
Quel est le puits qui aurait faibli ?
D'après leur travail de modélisation, c'est surtout le puits océanique. D'autres travaux (Le Quéré et al, 2007, Science) avaient indiqué d'une baisse de l'absorption de CO2 par l'Océan Austral, suite à une modification de la circulation des vents dans cette région: d'après les auteurs ce phénomène est responsable d'envrion la moitié du déclin du puits océanique dans leur modèle.

sinks.png

Au total, les auteurs décomposent la hausse du taux d'augmentation du CO2 atmosphérique entre 70-99 et 2000-2006 (de 1.5 à 1.9 ppm/an, en gros) comme suit:
* 65 % (+/-16) pour l'augmentation de l'activité économique mondiale
* 17 % (+/- 6 ) pour la dégradation de l'intensité en carbone de l'économie
* 18 % (+/- 15) pour la diminution de l'efficacité des puits naturels.

Enfin, last but not least, les auteurs indiquent que les modèles couplés climat/cycle du carbone (couplage qui n'est pas inclus dans les modèles du GIEC, au passage...) indiquent bien un affaiblissement des puits pour le 21ème siècle (causant une augmention supplémentaire de 20 à 200ppm de CO2 atmo d'ici 2100 par rapport aux scenarios IPCC, voir Friedlingstein et al. 2006 ), mais pas pour la période 1959-2006: pour cette période ils indiquent plutôt une baisse de l'Airborne Fraction (i-e, des puits plus forts).
Ceci suggèrerait d'après eux que les feedbacks carbone/climat se produisent plus rapidement que notre compréhension des phénomènes gouvernant l'absorption des puits ne le laissait penser. 

Pour résumer: nos émissions de CO2 accélèrent, sa concentration atmospérique augmente de plus en plus vite, et, si l'on en croit ce nouveau papier,  les puits naturels commenceraient à faiblir plus tôt que prévu...
Voilà un scenario prometteur, en tout cas...

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