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29 septembre 2007 6 29 /09 /septembre /2007 15:25

Le 24 septembre dernier, en marge de la conférence de l'ONU sur le climat convoquée par Ban Ki-moon, Al Gore exhortait  les chefs d'état à se mettre d'accord rapidement -d'ici 2009, en gros - sur un accord post-Kyoto de réduction des émissions de CO2. Dressant un panorama alarmant des évolutions en cours et à venir liées au Changement Climatique, il a eu ses mots: " Il faut surmonter la paralysie, au lieu de passer son temps à s'intéresser à Anna Nicole Smith, O.J. Simpson et Paris Hilton !"....
Savoureux, non ? J'ai trouvé assez fort que sur la scene internnationale quelqu'un ose enfin dire quelque chose dans le goût "bon allez maintenant les gars, va falloir voir à arreter d'être c...!"  - visant particulièrement les Américains.
Cela dit je ne suis pas sûr que cela porte forcément ses fruits, et surtout je ne suis pas sûr qu'il soit juste de faire porter aux citoyens - même américains ! - la responsabilité de l'inaction publique en matière climatique : en effet, de façon évidente les réponses adéquates au défi du CC ne viendront pas, dans les bons ordres de grandeur, de changements de comportement individuels volontaires et spontanés, mais bien plutôt de politiques publiques d'envergure volontaristes et d'instruments de régulation économiques à l'échelle internationale, qu'il appartient aux Etats de mettre en place. Bien sûr, on peut objecter que jamais nos "dirigeants" (représentants, plutôt) ne se risqueront à de telles mesures s'ils ne sentent pas soutenus, voire poussés, par les opinions publiques: néanmoins je ne suis pas sûr que le facteur limitant de l'action soit, aujourd'hui encore, la prise de conscience et la mobilisation des opinions publiques.
Cela nous amène donc à nous intéresser à "pourquoi c'est qu'on fait rien -ou si peu- contre le changement climatique ? "

On peut penser que généralement les gens, au niveau individuel - y compris nos représentants - ne sont pas encore bien pénétrés de la réalité et de la gravité du danger climatique. Dans un article du Los Angeles Times en juillet 2006, Daniel Gilbert, professeur de psychologie à Harvard, suggèrait que notre apathie face au CC s'expliquait par le caractère "primitif" de notre cerveau. Selon lui, notre cerveau a évolué pour répondre efficacement à des menaces présentant certaines caractéristiques précises - qu'on retrouve dans le terrorisme par exemple, et pas dans le changement climatique, ce qui explique que la menace la moins probable des deux (le terrorisme) est celle qui nous inquiète le plus, et contre laquelle nous sommes prêt à déployer le plus d'efforts :
- intentionnalité: mammifères sociaux, nous sommes  "conditionnés" pour nous méfier d'actes hostiles volontaires de la part de nos semblables. "Le plus petit acte intentionnel sait bien mieux capter notre attention que le pire accident. Si deux avions touchés par la foudre s'étaient écrasés sur un gratte-ciel new-yorkais, peu d'entre nous seraient aujourd'hui capables de donner la date exacte de l'évenement.[...] Si le changement climatique nous était infligé par un dictateur sanguinaire ou un empire du mal, la guerre contre le réchauffement serait sans nul doute la priorité de du pays".  J'ajouterais que cela est valable pour toutes les catastrophes naturelles !
 - atteinte à la moralité: le CC "ne s'en prend pas à notre sensibilité morale". Or les émotions morales sont un appel à une réponse du cerveau. " Toutes les sociétés humaines ont des règles morales en matière de nourriture ou de sexualité, mais aucune n'en a en matière de chimie atmosphérique.[...] Nul dout que si le CC était causé par l'homosexualité ou les amateurs de ragoût de bébé chats, des millions de manifestants seraient déjà dans la rue".
 - imminence: nous ne savons réagir qu'à des menaces imminentes, pas à des perspectives éloignées (et j'ajouterais: des menaces dont nous avons déjà eu l'expérience et connu les conséquences: pas évident d'avoir peur de quelque chose qui ne sait jamais produit (un CC fort et global), et d'agir de sorte qu'il ne se produise jamais)
- la "perceptibilité": c'est la fameuse histoire de la grenouille dans le film d' Al Gore. Un changement progressif passe inaperçu (la grenouille reste dans l'eau qui bout petit à petit), un changement brutal suscite notre réaction (la grenouille plongée dans l'eau bouillante ressort illico). "Si G.W. Bush pouvait embarquer dans une machine à voyager dans le temps et passer une seule journée en 2056, il reviendrait dans le présent [...] prêt à tout pour résoudre le problème. " G.Bush est une grenouille - et nous aussi.

Voila en effet de bonnes explications de fond à notre apathie, mais je pense qu'elles concernent surtout en "amont "la "perception"  psychologique du danger, et font l'impasse sur une partie importante du problème qui a trait aux solutions en "aval" qu'il faudrait apporter. En effet, ces solutions - grosso modo, organiser la sobriété en carbone de nos sociétés, et donc, en l'état actuel de nos technologies, la sobriété en énergie - vont tellement à l'encontre de ce que nous considérons comme étant le sens de l'histoire et qui nous serait dû: consommer plus de biens, d'énergie, nous déplacer plus vite et plus loin, avoir plus de confort, manger plus de viande, etc... qu'il est fort possible que nous refusions d'y souscrire, ou plus simplement que nous les pensions impossible à appliquer ("on ne pourra jamais faire sans pétrole, sans voitures, sans avions ".. c'est le syndrome du "oui mais bon, à ce compte là on peut plus rien faire, puisque tout ce qu'on fait émet du CO2..."). On se dirigerait alors vers un certain fatalisme vis-à-vis du CC, soit fièrement arboré ("notre mode de vie n'est pas négociable" dixit Bush), soit résigné ("c'est déjà foutu") - fatalisme nourri par le fait que, dû à l'inertie du système climatique, une bonne partie du CC est déjà engagée ("dans le pipeline") et que toute nos actions n'auront de sens qu'à l'échelle de plusieurs décennies. Néanmoins ce fatalisme ne résisterait pas, je pense, aux premières réelles manifestations d'envergure du CC et aux premiers dégâts sévères (convaincons nous, en effet, que pour l'instant nous n'avons encore rien vu). 
On peut même se demander, comme le fait Elizabeth Kolbert dans le New York Times en parlant des Américains, si nous ne faisons rien parce que le menace nous laisse sceptiques, ou si la menace nous laisse sceptiques parce que nous n'avons envie de rien faire.

Alors, que faire pour surmonter cette apathie et cette paralysie ? De façon encourageante, le parallèle est souvent fait dans la presse entre le CC et le problème du trou dans la couche d'ozone, pour lequel un protocole efficace de supression de CFC a pu être mis en place en 1987 (protocole de Montréal), parallèle mis en avant pour illustrer le fait qu'une action efficace est possible aussi contre le changement climatique. Mais comme l'explique bien Enro sur son blog, si le problème du trou d'ozone a pu être "résolu" (tout n'est pas encore fini, cependant), c'est grâce à l'émergence d'un consensus multi-acteurs (pouvoirs publics, entreprises, etc..) pour remplacer les CFC, consensus construit malgré même des incertitudes scientifiques sur les causes dudit trou. Ce ne sont en tout cas pas les preux scientifiques qui ont fait plier la méchante industrie pour qu'elle abandonne les vilains CFC. Force est de reconnaître qu'un tel consensus et une telle convergence d'intérêts bien compris ne se sont pas encore construits autour du problème du CO2. Il est vrai que le CO2 pose un probleme systémique pour nos sociétés autrement plus complexe que les CFC, et d'un ordre de grandeur bien supérieur (on ne s'en sortira pas en changeant juste quelques gaz réfrigérants, ce coup-ci..).     
Alors ? pourra-ton reproduire un tel consensus dans le cas du CC, malgré les différences d'échelles et de complexité du problème ? est-ce la seule façon d'avancer ?
Personnellement, je crois qu'une façon de pousser dans la bonne direction est de  chercher à donner plus de poids à la parole scientifique - ce qui ne pourra de toutes façons qu'accélerer l'émergence du consensus décisionnel-, à la fois en consolidant la science climatique (construire, malgré tout, un consensus, notamment), et en en diffusant les résultats clairs dans la société.

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Published by ICE - dans Divers
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ICE 08/10/2007 21:08

Oui, à l'évidence une plus grande prise de conscience est nécessaire de la part du "citoyen moyen"... il faut donc lui fournir l'information scientifique sous une forme pertinente et HIERARCHISEE (doit-on blâmer les journalistes, les scientifiques, pour la mauvaise qualité de l'info scientifique actuelle ? ou bien le public qui en redemande (des faux débats, du sensationnel...) ? )... la question étant aussi, quelle information (entre la nonchalance et le catastrophisme paralysant, le "catastrophisme éclairé" est un juste milieu dur à trouver...).
Apres, pour moi, cette prise de conscience, et pression sociale dont tu parles, au-dela de générer des comportements individuels vertueux, doivent rendre acceptables socialement les seules solutions au pb, qui sont des mesures contraignantes (prix de l'énergie, taxe, règlementation,...).** dsl pour le "totalitarisme vert" ici aussi ^_^ **
Un peu comme le discours sur le tabac a rendu acceptable sa hausse des prix.

Charles 08/10/2007 20:19

j'adhère volontiers au déficit de consensus chez le citoyen moyen qui peut et doit être comblé par une communication massive (désolé pour le relent de totalitarisme). l'information d'abord sur les enjeux pour forcer la prise de conscience. les moyens d'actions individuels ensuite, dont l'Ademe, à trop petite échelle est un exemple. il faut ainsi passer d'une situation où l' "écolo" est plus ou moins considéré comme excessif à une situation où le citoyen inconscient est mal vu. c'est triste, mais c'est un levier essentiel, l'image que la société nous renvoie de nous mêmes...

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